La Bolduc

(1894-1961)

Chanteuse, compositrice, joueuse d’harmonica et de violon québécoise

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Pendant la Grande Dépression, les femmes québécoises étaient légalement liées à leur mari, incapables d’avoir un compte bancaire, d’acheter une propriété ou de voter. On attendait d’elles qu’elles restent tranquilles dans leur cuisine.

Mais La Bolduc est sortie de la cuisine pour chanter sa vie d’épouse et de mère. Elle est devenue la reine des chanteurs folk canadiens et l’une des premières compositrices québécoises qui ont construit l’industrie musicale.

Rien ne la prédestinait à devenir une artiste révolutionnaire à la tête d’un empire musical couronné de succès. Elle a été élevée pour devenir domestique et une épouse. Mary-Rose-Anne Travers, alias La Bolduc, est née le 4 juin 1894 dans le village de pêcheurs de Newport, en Gaspésie. Son père lui a enseigné les traditions de base de la musique folk irlandaise et québécoise, puis elle a appris seule à jouer du violon, de l’harmonica, de la guimbarde et de l’accordéon.

À 13 ans, elle a été envoyée à Montréal pour travailler comme domestique pour 15 dollars par mois. Elle a épousé Édouard Bolduc à l’âge de 20 ans et a eu 14 enfants avec lui. La famille était pauvre et souffrait ; seuls 4 de leurs 14 enfants ont survécu jusqu’à l’âge adulte.

Sa carrière a débuté lorsque Conrad Gauthier a eu besoin d’un violoniste remplaçant. Elle est rapidement devenue une habituée et les revenus qu’elle gagnait ont aidé à faire vivre sa grande famille. En 1927, deux de ses chansons, La Cuisinière et La Servante, ont été enregistrées et 12 000 exemplaires se sont immédiatement vendus. Elle fut rapidement baptisée La Bolduc, la première « chansonnière » du Québec.

« Elle fut notre première chanteuse folk française, la première personne à parler la langue ordinaire des gens ordinaires. C’était révolutionnaire à l’époque », explique Monique Jutras, chanteuse et folkloriste.

Elle était très populaire et très aimée parce qu’elle chantait les difficultés quotidiennes, les épreuves, les tribulations et les joies des Québécois ordinaires. Ses paroles s’inspiraient de ses difficultés personnelles quotidiennes et de l’actualité, toujours en ajoutent pleines d’humour, de joie et d’esprit.

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Elle suivait souvent le style canadien-français des chansons énumératives, où l’on énumère des aliments et des tâches, ainsi que celui des chansons dialoguées traditionnelles, un débat en duo entre un homme et une femme. Son violon et son harmonica étaient accompagnés par la musique turlutte, un riff mélodique improvisé et difficile à prononcer, dérivé des reels irlandais et écossais.

De 1930 à 1939, La Bolduc a voyagé à travers le Québec et l’Amérique du Nord pour se produire avec sa troupe La Troupe du bon vieux temps. Elle a également enregistré plus de 100 chansons et collaboré à pas moins de 56 enregistrements d’autres artistes. Comme les carrières sur scène étaient encore mal vues au Québec et afin de préserver sa réputation, Bolduc n’a jamais utilisé son vrai nom et était toujours présentée sous le nom de Madame Édouard Bolduc.

La Bolduc a montré aux femmes québécoises qu’elles pouvaient avoir leur mot à dire en dehors de la cuisine.

Chansons

  • La Cuisinière
  • La Servante
  • Le Commerçant des rues
  • L’Enfant volé
  • Les Colons canadiens
  • Les Conducteurs de chars
  • La bastringue
  • Ça va venir découragez-vous pas